Contre le mensonge de la dette !
Refusons l’austérité !
Un homme se présente chez toi et dit : « tu me dois des milliards ». Toi, tu réagis en demandant à l’homme qui il est, au nom de qui il formule cette exigence, et surtout, de quelle dette s’agit-il. Normal, quoi !
C’est l’inverse qui se passe dans le pays. Un harcèlement médiatique, nourri par les docteurs en communication du gouvernement, relaie la sainte parole des marchés : la dette de la France est désormais insoutenable, il faut un plan d’austérité.
Et cette dette, c’est à toi de la payer ! Pourquoi ? Parce que ! On ne va quand même pas faire payer les riches… C’est pourquoi Fillon a établi une première facture à ton nom, le 24 août, qui frappe ta mutuelle, le montant de ta CSG et tes impôts. Et les parcs de loisirs, avec l’alcool et le tabac.
Pour saler la note, les députés se réunissent le 6 septembre.
Sarkozy, prosterné devant les agences de notations, veut « rassurer » les marchés. Mais les marchés sont des bêtes à l’appétit inépuisable. Ils ne demandent pas d’être assurés. Ils veulent de l’argent. Dans la position AAA du président couché, Sarkozy s’obstine : il veut inscrire la dette dans la Constitution. C’est le coup de « la règle d’or ».
Rassurer les marchés, ça veut dire que tu paies, mon frère, ma sœur en austérité.
Mais c’est quoi, cette dette ? Toute la manipulation repose là-dessus :
Pour les libéraux, le gouvernement, le patronat, les banquiers, la dette repose sur la dépense publique et est devenue exorbitante.
Pour les marchés, la dette, c’est le nerf de la guerre financière, la marche normale du monde. Et c’est un objet de spéculation, le sport international de ces milieux dominants. Mais la spéculation, ça coûte cher, les banques bien françaises s’y adonnent. Bien que renflouées par les caisses de l’Etat, elles sont en manque de fonds parce qu’elles ont perdu dans leurs opérations sur la dette grecque, italienne, ou espagnole, après avoir perdu sur les subprimes.
Voilà, c’est tout, c’est comme ça : paie, petit homme, les banques en ont besoin ! Un peu court non ?
Alors, elle vient d’où, la dette ?
La dette s’est affolée pour une seule raison : selon les traités européens, et avant eux la loi de 1973, les Etats sont obligés d’emprunter aux marchés selon leurs taux. L’Union européenne a assorti cette obligation d’une clause de non solidarité entre Etats. Elle s’est dotée d’une Banque centrale européenne qui ne rend de comptes qu’à elle même et n’est dédiée qu’à la rentabilité de l’euro. Pas au soutien de l’économie européenne !
Quand les marchés ont commencé à brûler, les taux d’emprunt se sont emballés. Et comme les Etats, dont la France, devaient emprunter plus pour soutenir les banques, l’emprunt d’Etat est devenu un produit financier à la merci des taux d’emprunt privés, sur lequel spéculer, et une opération financière rentable… pour les banques !
Pourtant s’établit une espèce d’union sacrée, un consensus politique pour épargner les marchés financiers ! Priorité absolue aux solutions d'austérité. L'objectif de ce consensus, fixé par Nicolas Sarkozy ? Revenir à 3 % de déficit dés 2013. Une échéance prévue pour s'aligner sur la règle dogmatique des traités européens depuis Maastricht. Une règle dont personne n'a jamais pu démontrer la pertinence économique. Pourquoi 3 % ? Pourquoi pas 4 % ? Ou même 5 %, comme l'envisageait au départ l'Allemagne dans la négociation du traité de Maastricht ?
Voila d’où vient « la règle d’or », que l’on cherche à inscrire dans la Constitution. Cette règle contraindrait le pays à revenir à l'équilibre budgétaire. Les budgets annuels qui ne respecteraient pas cette trajectoire de retour à l'équilibre, c'est-à-dire zéro déficit, seraient automatiquement amputés pour s'y conformer. Pour revenir à l'équilibre à partir de la situation actuelle la purge nécessaire serait de 110 milliards d'euros, soit 40 % des dépenses de l'Etat ! Un pur délire !
La contraction des dépenses publiques est leur seule cible ! Elle garantit le désastre du fait de la réduction de la demande. C’est la panne assurée : la croissance française s’est déjà arrêtée au deuxième trimestre en raison du blocage de la consommation et de la chute des exportations. L’austérité aggravera la récession et augmentera au final la dette.
C'est le paradoxe du moment : l'austérité réclamée à tort et à cris par les marchés est la plus mauvaise solution contre la dette. Et d’ailleurs les « marchés » sanctionnent les pays qui appliquent les mesures d’austérité pourtant prévues pour les rassurer. C’est très exactement ce qui est arrivé au Portugal !
L'austérité entraîne le recul de l'activité, la hausse du chômage et de la pauvreté. Les finances publiques en sont rapidement affectées par des moindres recettes et une hausse des dépenses sociales. Résultat, dans la quasi-totalité des cas, l'austérité creuse les déficits.
L’austérité c’est donc la ruine assurée.
Pour justifier l'austérité, on nous répète que la dette française est insoutenable. C'est faux ! Tout part d’un chiffre, le ratio entre le montant de la dette et celui de la richesse produite telle qu’elle est mesurée par le très discutable « PIB ». La dette et ses taux sont un rapport de force, un fait social et politique. Et seulement, après cela, un problème comptable.
L’indicateur qui établit le ratio entre la dette publique totale et le PIB annuel est plus que discutable. Il compare un stock de dettes qui courent sur plusieurs années avec un flux annuel de richesses produites (le PIB).
C’est comme si on mesurait ta solvabilité personnelle en rapportant le total de tes dettes (voiture, appartement etc.) à tes revenus d’une seule année. Absurde.
Le banquier te prête en fonction de la charge de tes traites, chaque mois, rapportée à ton revenu mensuel. Avec l’Etat c’est l’inverse. On lui demande de comparer sa dette totale au revenu du pays par an !
Ainsi hurle-t-on de peur : le stock de dette publique de la France représente 1640 milliards d'euros ! Soit environ 85% du PIB d'une année. Et alors ? Mettons les chiffres à leur place ! Pour être honnête et comparer ce qui est comparable, il faudrait plutôt rapporter le stock de dette au PIB, en tenant compte de la durée de vie de la dette. Selon la statistique du Trésor Public, les titres de la dette française sont en moyenne de 7 années et 31 jours.
Donc on doit rapporter les 1 640 milliards de dette totale aux 14 000 milliards d'euros environ que produira le pays en sept ans ! Dans ces conditions, le stock de dette représente 12% du PIB cumulé pendant 7 ans ! C’est donc tout autre chose, non ? Ce stock de dette n'est donc pas un réel problème.
Leur dette n’est pas légitime, pas plus que leur austérité !
Nous n’avons pas à payer des dettes que nous n’avons pas contractées. La majeure partie de la dette provient de ces opérations financières auxquelles l’Etat s’est astreint pour emprunter aux banquiers privés : cette dette-là n’est pas la nôtre.
Aux chiffres de la dette financière nous opposons ceux des profits monstrueux des acteurs du CAC 40, les Danone, Total… Et les exonérations dont ont bénéficié les riches pendant des années. Et les capitaux planqués dans les paradis fiscaux (Monaco, Liechtenstein, Luxembourg, Suisse…)
Nous n’avons à payer de nos emplois, de nos salaires et de notre Sécurité sociale leurs dettes.
Quelles solutions ? Un plan d’urgence !
1. Pour instaurer un débat public informé sur l’origine, la nature de la dette et les moyens d’y remédier :
Réaliser un audit public et citoyen des dettes publiques, pour déterminer leur origine et connaître l'identité des principaux détenteurs de titres de la dette et les montants détenus.
2. Pour éviter que le rétablissement des finances publiques ne provoque un désastre social et politique :
Maintenir le niveau des protections sociales, voire les améliorer (assurance-chômage, logement…) ;
Accroître l'effort budgétaire en matière d'éducation, de recherche, d'investissements dans la reconversion écologique... pour mettre en place les conditions d'une croissance soutenable, permettant une forte baisse du chômage.
3. Pour remédier aux effets négatifs des marchés financiers sur l’activité économique :
Renforcer significativement les contre-pouvoirs dans les entreprises pour obliger les directions à prendre en compte les intérêts de l'ensemble des parties prenantes :
Accroître fortement l'imposition des très hauts revenus pour décourager la course aux rendements insoutenables ;
Réduire la dépendance des entreprises vis-à-vis des marchés financiers, en développant une politique publique du crédit (taux préférentiels pour les activités prioritaires au plan social et environnemental).
4. Pour réduire l’emprise des marchés sur le financement des États :
Les agences de notation financière ne doivent pas être autorisées à peser arbitrairement sur les taux d’intérêt des marchés obligataires en dégradant la note d’un État : on devrait réglementer leur activité en exigeant que cette note résulte d’un calcul économique transparent ;
Affranchir les États de la menace des marchés financiers en garantissant le rachat des titres publiques par la BCE.
5. Pour redresser de façon équitable les finances publiques en Europe et en France :
Redonner un caractère fortement redistributif à la fiscalité directe sur les revenus (suppression des niches, création de nouvelles tranches et augmentation des taux de l’impôt sur le revenu…) ;
Supprimer les exonérations consenties aux entreprises sans effets suffisants sur l'emploi.
6. Pour réduire l’inefficience et l’instabilité des marchés financiers :
Cloisonner strictement les marchés financiers et les activités des acteurs financiers, interdire aux banques de spéculer pour leur compte propre, pour éviter la propagation des bulles et des krachs ;
Réduire la liquidité et la spéculation déstabilisatrice par des contrôles sur les mouvements de capitaux et des taxes sur les transactions financières ;
Limiter les transactions financières à celles répondant aux besoins de l'économie réelle ;
Plafonner la rémunération des traders.
7. Pour remédier au problème de la dette publique :
Autoriser la Banque centrale européenne à financer directement les États (ou à imposer aux banques commerciales de souscrire à l’émission d’obligations publiques) à bas taux d'intérêt, desserrant ainsi le carcan dans lequel les marchés financiers les étreignent ;
Si nécessaire, restructurer la dette publique, par exemple en plafonnant le service de la dette publique à un certain % du Produit Intérieur Brut,
et en opérant une discrimination entre les créanciers selon le volume des titres qu'ils détiennent : les très gros rentiers (particuliers ou institutions) doivent consentir un allongement sensible du profil de la dette, voire des annulations partielles ou totales.
Renégocier les taux d’intérêt exorbitants des titres émis par les pays en difficulté depuis la crise.
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